Les filles d’avril de Michel Franco : combat de mères

– Michel Franco ; 2017 –

Valeria et Mateo, adolescents de dix-sept ans, attendent un enfant. La jeune femme refuse de parler à Avril, sa propre mère, par peur de susciter sa colère et des reproches. Alertée par Clara, la demi-sœur de Valeria, la quarantenaire viendra porter main forte à la nouvelle famille, devenant de plus en plus présente dans la vie de l’enfant.

Avec ce dernier long-métrage, nommé Prix du Jury Un Certain Regard à Cannes, Michel Franco se penche sur une situation complexe et intéressante : l’invasion progressive d’une mère sur les responsabilités et les droits de sa fille cadette. Une femme de caractère interprétée par la talentueuse Emma Suarez, que l’on a vu récemment dans le Julieta de Pedro Almodovar. Une actrice qui retranscrit avec brio la folie dans laquelle va plonger progressivement son personnage, animée par une volonté de retour à la maternité et à la jeunesse. Une femme envahissante et étouffante qui suscitait la méfiance de ses deux filles avant même son arrivée. La réticence de Valeria à alerter sa mère à propos de sa grossesse aurait dû nous mettre la  puce à l’oreille quant à la dangerosité de ce personnage. Une mère toxique qui s’empare progressivement des responsabilités de sa fille cadette, devenue mère plus que grand-mère pour cet enfant dont elle finira par récupérer la garde dans le plus grand secret. Une femme manipulatrice et aveuglée par ses désirs, souhaitant modeler sa fille Clara à son image, poussée par sa quête du bien-être et d’une beauté gracieuse et assumée, comme l’incarne si bien Valeria au début de l’œuvre. L’arrivée de l’enfant au milieu de ces trois femmes conduira à une rupture irrémédiable, disloquant cette famille construite sur un fragile équilibre, jusqu’alors maintenue soudée malgré les divorces d’Avril et son éloignement du foyer.

V.O.

Les filles d’Avril pose ainsi une situation initiale riche en émotions et en rebondissements sans pour autant réussir à mener ses différentes intrigues avec finesse. Brossé à larges traits, le récit dresse le portrait à charge d’Avril, mère qui s’enlise progressivement dans la folie et cumule les tares. Le culte du bien-être, de la jeunesse, la propension au contrôle et à la jalousie fondent la base de son caractère explosif qui, bien qu’au premier abord intriguant, finit par agacer en raison de son unilatéralité. L’opposition trop facile entre la situation d’Avril-Matéo et le désespoir dans lequel sombre Valeria affaiblit également l’œuvre, victime de ses raccourcis faciles et usités. De plus, la platitude de personnages tels que Clara – fantôme sans saveur – et Mateo – élu homme le plus influençable de l’année – finit par agacer. Un retournement salvateur en fin d’œuvre vient toutefois raviver l’intérêt du spectateur, transporté par la fougue dont fait preuve Valeria pour récupérer la garde de son enfant. Un personnage féroce interprété par la jeune Ana Valeria Becerril qui devrait à coup sûr créer quelques remous dans le monde-cinéma. Cette révolte, menée avec brio par cette mère légitime, insuffle un rythme nouveau au film et libère son public de la folie anxiogène d’Avril, emporté par la vengeance cathartique de son héroïne.

Porté par un duo d’actrices dont il faut souligner le jeu, Les filles d’Avril captive en raison de son intrigue. Cette relation toxique de mère à fille, bien que basée sur un scénario trop grossier, donne lieu à une œuvre malsaine et captivante, construite sur une photographie maîtrisée et esthétiquement très réussie. Un film à voir pour la jeune Ana Valeria Becerril qui saura marquer les esprits.

Camille Muller

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