« Un bon gros Totoro et au dodo »

Hayao Miyazaki (Studio Ghibli) – 1988

            Ce soir, Scotchés vous propose un retour en enfance en même temps qu’une escapade nippone avec Mon voisin Totoro, d’Hayao Miyazaki. Ce long-métrage d’animation nous plonge aux côtés de la famille Kusakabe, dont on suit les deux intrépides petites filles lors de leur installation dans la campagne japonaise. Avec elles, on découvre leur nouvelle maison et leur nouvel environnement devant lequel elles n’ont de cesse de s’émerveiller. C’est au hasard de sa déambulation dans son nouveau jardin que Mei, la plus petite des deux sœurs, fait la rencontre d’un monstre endormi, aussi énorme qu’attendrissant : Totoro, qui se révèle être un précieux compagnon. Ce classique du dessin animé est reconnu par la critique et figure dans la liste des 50 films à avoir vu avant 14 ans éditée par le British Film Institute[1]. Ce succès s’explique car, au-delà du divertissement qu’il propose, le film éveille la curiosité et la sensibilité du spectateur en abordant notamment la question écologique.

Studios Ghibli

            Une rencontre avec le pays du soleil levant.

            La plupart des enfants français ont été nourris aux films Walt Disney, ou pour les plus jeunes, sont tombés dans la marmite Pixar. Ces deux géants américains de l’animation (qui ont en fait fusionné en 2006) nous offrent le plus souvent une vision très occidentale du monde et du rapport des individus à ce(ux) qui les entoure(nt). Avec le studio Ghibli, producteur des films de Miyazaki, c’est un autre regard qui est offert aux petits comme aux grands et qui permet dès le plus jeune âge de se confronter à une forme d’altérité.

            Si les films de Miyazaki sont, au sens premier, des dessins animés, il est plus précis de parler d’anime, qui est le terme pour désigner les films d’animation japonais. L’anime est un genre cinématographique à part entière, qui reprend un certain nombre de caractéristiques du manga, notamment les grands yeux des personnages et l’utilisation de nombreuses onomatopées (qui se traduisent dans les films par des bruits).  La musique elle aussi participe à nous introduire dans l’univers nippon qui est peu familier à la plupart des occidentaux. De nombreux détails font de Mon voisin Totoro un film exotique. Satsuki, qui partage le rôle d’héroïne principale avec sa petite sœur, a les cheveux courts et ne manque pas de faire savoir à sa mère qu’elle est « contente de les avoir coupés »… Difficile d’imaginer un Disney de 1988 qui présenterait un personnage principal féminin qui n’a pas les cheveux longs et… qui n’est pas une princesse. Telle qu’elle apparaît à l’écran, la vie quotidienne dans la campagne japonaise rassemble un grand nombre de clichés : on boit du thé, on mange du poisson cru et du riz avec des baguettes, on porte les tongs compensées typiques (des geta) et les maisons sont faites de pans de bois quadrillés qui coulissent (qu’on appelle des shojis). Enfin, les paysages présentés sont faits de rizières, de bambous et de camphriers et une très grande place est accordée à la nature, qui devient presque un personnage à part entière du film.

            Une sensibilisation à l’écologie.

            Cette place centrale accordée à la nature s’explique par le rapport japonais à l’espace et à l’environnement, qui privilégie plutôt l’espace comme un « milieu » avec lequel chacun évolue. En Occident, l’espace (et donc la nature), c’est plutôt un simple support sur ou dans lequel les hommes agissent. Faire avec la nature, ça veut dire avant tout la considérer, la regarder avec attention. Miyazaki montre bien ce rapport singulier à l’environnement car les deux sœurs n’ont de cesse de s’émerveiller devant le décor campagnard du film. Ainsi, les  « Mei, regarde cet arbre ! Je n’ai jamais vu un arbre aussi grand ! » ou « Qu’est-ce que c’est que ces petits poissons ? » se succèdent et invitent le spectateur à porter lui aussi un regard curieux et éveillé sur les objets désignés. C’est donc la naïveté des petites filles qui permet de sensibiliser même les plus grands spectateurs. Cette sensibilité à la nature est le fruit d’une éducation japonaise, qui est à l’œuvre dans le film puisque le père de Satsuki et Mei les rend attentives à ce qui les entoure et à la valeur de cet environnement. En parlant du camphrier qui borde leur jardin, il s’exclame devant ses filles : « Cet arbre est magnifique. Je ne sais pas quel âge il a, il doit être très vieux. Autrefois, les hommes et les arbres étaient amis. Si j’ai décidé d’acheter la maison c’est aussi pour la beauté de cet arbre géant (…). Maintenons, saluons notre ami le camphrier et allons dîner ». Et les filles s’empressent de dire, d’une seule voix, « merci de tout cœur » à cet arbre protecteur.

            Mais dans mon voisin Totoro, la nature n’est pas uniquement objet de respect et d’émerveillement. Loin d’être figée ou muséale, elle est avant tout une nature que l’on pratique, que l’on touche, que l’on rencontre physiquement. Les deux héroïnes passent leur temps à courir dans les champs de maïs et gambader au milieu des fleurs et des herbes folles. La nature est même un don, puisque lors d’une de ses rencontres avec les petites filles, Totoro leur offre… un sac de glands. En déballant ce sac fait d’une feuille de bambou, les deux petites filles sautent de joie et découvrent des « graines et des noisettes magiques » qu’elles vont planter aussitôt dans leur jardin. La nuit venue et aux côtés de Totoro, elles accélèrent miraculeusement la pousse des graines plantées, qui sous leurs yeux brillants, vont dévoiler des arbres majestueux. Il s’agit en fait d’un rêve, mais « d’un rêve qui n’était pas un rêve » comme le dit Satsuki, puisque le lendemain matin les premières pousses font leur apparition. En faisant s’extasier deux petites filles devant des plantes qui poussent, Miyazaki retranscrit parfaitement toute la noblesse des bonheurs simples puisés dans la nature. C’est une manière d’introduire du merveilleux dans la banalité du quotidien et une bonne illustration d’un adage bien connu chez Disney : « Il en faut peu pour être heureux ».

            Pour « cultiver son jardin » en famille.

            Au delà de son intrigue, mon voisin Totoro est un film riche qui a le mérite de nous plonger petits et grands dans un univers très différent de celui des films d’animation occidentaux. Ce film, reconnu par la critique, demeure injustement ignoré du grand public qui connaît généralement davantage Princesse Mononoké, un autre film de Miyazaki qui propose aussi une réflexion sur le rapport entre l’homme et la nature de manière moins naïve et plus sombre. La mondialisation faisant son œuvre, la culture nippone ne nous semble plus aussi lointaine qu’elle n’a déjà pu l’être, mais il est important de replacer ce film dans son contexte de sortie puisqu’en 1988, la sensibilité écologique n’en était qu’à ses prémisses en France alors qu’elle est centrale dans ce film.

Abstraction faite des horribles doublages français qui prêtent aux petites filles des voix de crécelles à la limite du supportable, tous les parents gagneront à proposer ce film à leur(s) enfant(s), et même à le regarder à leurs côtés ! Une belle manière de cultiver son jardin en famille.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_du_BFI_des_50_films_%C3%A0_voir_avant_d%27avoir_14_ans

Clément Dillenseger

5/5 (2)

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