Depuis quelques années, la question de la représentation des femmes dans les fictions, qu’elles soient au cinéma, à la télé ou dans les œuvres littéraires, anime le débat. Le terme de « représentation » suppose deux choses. D’une part il faut montrer, explicitement, à l’écran, des personnages issus de minorités en tant que personnes qui subissent des oppressions (LBGT, personnes de couleur ou encore les femmes). D’autre part il s’agit d’en faire des personnages éloignés des clichés véhiculés par la société comme la figure du gay efféminé ou de la femme en détresse. Dans le cadre de la journée pour les droits des femmes, nous allons nous intéresser aux évolutions des représentations de la figure féminine dans la culture populaire, particulièrement depuis ces 40 dernières années.

P.S : Cet article se concentre sur la description d’une évolution généralisée et simplifiée. Les exemples utilisés sont très subjectifs et reflètent bien plutôt des figures de la culture populaire qu’un corpus très détaillé et diversifié de films.

L’évolution des personnages féminins au cinéma

Quand on parle d’un sujet aussi vaste que l’évolution de la représentation des femmes dans les œuvres de fiction au cinéma, il est important d’en poser des cadres. Un de se cadres peut être le type de films à travers lequel lire cette évolution. Et il apparaît que les films d’animation, et plus particulièrement les films Disney mettant en scène des princesses, illustrent assez bien les changements en la matière. En effet, les premières princesses Disney, sont pour ainsi dire, l’archétype de la jeune fille belle, mais un peu bête qui très généralement se retrouve dans une situation délicate dont seul un homme, le « prince charmant » pourra la délivrer. Que ce soit Blanche Neige ou la Belle au Bois Dormant condamnée à un sommeil éternel ou Cendrillon prisonnière d’une famille cruelle, elles sont toutes sauvées par une figure masculine, le prince de l’histoire. Mais dans les années 1990, un changement s’opère dans les films de la firme et on voit apparaître une nouvelle vague d’héroïnes Disney très loin de la figure de la princesse en détresse. Une génération de jeunes enfants a ainsi vu à l’écran des personnages comme Mulan, Pocahontas ou encore dans une certaine mesure Belle. Ce sont toutes des femmes intelligentes, elles ne font plus uniquement que subir le sort, mais agissent face à leur destin. Mulan contourne l’interdiction de partir à la guerre en se faisant passer pour un homme et finit par sauver la Chine. Pocahontas résiste vaillamment aux colonisateurs et tente de préserver sa culture. Belle, quant à elle, ne souhaite pas à se soumettre à la Bête qui finira même par la laisser partir lorsque son père se retrouve en danger. Même si ces personnages finissent toujours avec un homme, elles ne sont plus dépendantes d’eux, elles ont l’opportunité d’agir sur leur propre vie, de se débrouiller seules pour se sortir de situations délicates. On s’éloigne donc très largement des princesses belles mais bêtes et soumises au prince sauveur. Cette évolution est moins manifeste chez d’autres gros studios d’animations comme Pixar ou DreamWorks Animation car les premiers films de ces studios sont sortis dans la deuxième moitié des années 1990 (1995 pour Pixar avec Toy Story1998 pour DreamWorks avec Fourmiz), dans une période où se développait la mise en scène de personnages féminins de caractère chez Disney. On peut donc aisément penser qu’à cette époque, il n’était plus déjà question d’exploiter le cliché de la princesse en détresse tant utilisé par Disney. Par conséquent, ces boîtes ont offert, dès leur début, des figures féminines diversifiées : de Boo dans Monstres et Cie, petite fille intrépide qui s’aventure dans le monde des monstres à la super héroïne Elastigirl dans Les Indestructibles pour Pixar en passant par Fiona, princesse haute en couleurs de Shrek pour DreamWorks, le choix est fait d’écrire des personnages marquants et relativement complexes.

Walt Disney Pictures

Cette évolution visible dans les films d’animation, particulièrement chez Disney, se retrouve également dans les longs-métrages classiques. En effet, pendant longtemps les femmes ont eu un rôle de faire-valoir. Elles étaient « l’atout séduction » du film, le personnage que le héros conquérait. Le motto était « sois belle et tais-toi ». Les James Bond Girls sont sans équivoques la figure symbole de ces personnages féminins clichés et sexistes : belle femme plantureuse, demoiselle en détresse dont le seul but est d’accentuer l’héroïsme du protagoniste masculin si fort et courageux. Même si, dans les derniers films, les James Bond Girls sont bien moins superficielles et n’hésitent pas à tenir tête à Bond, à l’image du personnage joué par Lea Seydoux dans Spectre, elles finissent toujours par se retrouver dans une situation de demoiselle en détresse. Quand on parle de femmes fortes au cinéma, on utilise souvent l’exemple de Star Wars, et du personnage de la princesse Leia comme premier grand tournant dans la représentation des femmes à l’écran. Jeune héroïne au caractère bien trempé, qui n’hésite pas à prendre des initiatives et tenir tête à ses amis du sexe opposé, Leia est une des premières femmes fortes à être apparue au cinéma, ou du moins dans ce qu’on appelle maintenant un « blockbuster ». Mais si aujourd’hui elle est érigée en symbole, elle représente plutôt une phase de transition dans la représentation des femmes à l’écran. On se rappellera de la scène de Leia enchaînée en bikini doré, qui a transformé Carrie Fisher en véritable sex symbol et fait oublier, parfois, la force et l’intelligence du personnage. Quoi qu’il en soit, dans les années qui suivirent, les œuvres mettant en scène des femmes au caractère bien trempé se multiplient : Ellen Ripley dans Alien de Ridley Scott d’abord puis, plus tard, les femmes vengeresses dans Kill Bill ou Boulevard de la Mort de Tarantino ou encore la patronne qui dirige son entreprise avec une main de fer à l’image de Miranda Priestly dans Le Diable s’habille en Prada. Les femmes ont enfin des figures de protagonistes fortes et courageuses auxquelles s’identifier. Même si l’on peut faire remarquer que les exemples de figures féminines marquantes qui viennent à l’esprit assez automatiquement sont majoritairement des femmes blanches et hétérosexuelles. Il faut alors poser la question de la représentation des femmes qui font partie d’autres minorités. En effet, déjà que l’on est loin de la parité entre films mettant un scène un héros principal masculin et films montrant une femme comme protagoniste principal, les femmes de couleurs, lesbiennes (mais aussi bisexuelles ou transgenres) ou bien encore les héroïnes handicapées restent largement sous-représentées, dans le cinéma occidental tout du moins, qui est l’objet central de cette analyse. Mais ces questions mériteraient de plus amples réflexions dans un article consacré à la grande histoire de la représentation du cinéma, ce qui n’est pas l’ambition ici.
Quoi qu’il en soit les longs-métrages mettant en avant des femmes comme personnages principaux ou en tout cas comme personnages importants dans une histoire se multiplient. Mais qu’en est-il de leur temps de parole ?

TFM Distribution

La prise de paroles des héroïnes

Si le nombres de films avec des femmes en personnages principaux augmente, paradoxalement les hommes continuent de monopoliser la parole au cinéma. En avril 2016, deux jeunes rédacteurs d’un média rédigeant des articles sous forme d’essai, The Pudding, ont compilé des statistiques concernant les dialogues de près de 2 000 films à succès ayant fait plus de 45M de dollars de recettes dans les salles obscures. Et le constat est sans appel : sur les 2 000 films de la base de données, 8.65% d’entre eux donnent entre 60 et 100% de leurs dialogues à des femmes ; 15.7% offrent autant de dialogues aux hommes qu’aux femmes et les 75% restants sont donc des films à la parole majoritairement masculine. En outre cette enquête pointe aussi du doigt les différences de dialogue selon l’âge. Les rédacteurs de cette étude ont ainsi remarqué que le taux de dialogue chez les femmes de plus de 40 ans baissait drastiquement, alors qu’au contraire, les hommes de plus de 40 ans ont plus de chance d’avoir la parole dans un long métrage qu’un jeune de 20 ans. En d’autres termes, si on voit de plus en plus de femmes à l’écran, leur part de dialogue reste minime ce qui signifie qu’il doit encore y avoir un taux assez conséquent de films qui utilisent les femmes comme « l’atout charme ». Le motto « sois belle et tais-toi » semble donc toujours d’actualité.

Ce taux encore bas de parole féminine dans les longs-métrages, peut être, à certains égards ramené à la limitation de la parole féminine dans l’industrie du cinéma en général. En effet, on ne peut pas dire que les rapports de pouvoirs dans le milieu soit favorables aux actrices. La pression est telle que refuser un rôle sous prétexte que le film ne ferait pas la part égale aux dialogues masculins et féminins, c’est aussi prendre le risque de rater une opportunité – souvent rare – qui pourrait se révéler bénéfique pour une carrière. Les actrices préfèrent donc se taire et accepter le rôle qui pourrait les propulser pour les unes, acquérir enfin la reconnaissance de leurs pairs pour les autres. Dans la même logique, lorsqu’une interprète subit une agression, les menaces proférées à l’encontre de sa carrière la poussent à se taire et subir des violences mises à exécution. Mais avec les mouvements de libération de la parole des femmes depuis l’affaire Weinstein en 2017, on peut espérer un changement. Ce dimanche 4 Mars encore aux Oscars, Frances McDormand, sacrée meilleure actrice, interpellait des producteurs, les poussait à soutenir et financer des projets de femmes. Les appels à plus d’égalité et de parité se multiplient et on espère en voir les premiers aboutissants d’ici les prochaines années.

Twentieth Century Fox

S’il ne fait aucun doute qu’il reste du travail à faire pour arriver à l’égalité parfaite autant en termes de temps de présence à l’écran qu’en temps de dialogues entre hommes et femmes, on peut reconnaître l’amélioration de la représentation des femmes au cinéma. Les femmes sont plus présentes dans les films, et les types de personnages féminins se sont diversifiés. Il suffit de voir les films sortis ces deux derniers mois pour le remarquer : patronne de journal qui doit faire face à un dilemme cornélien dans Pentagon Papers, mère éprise de justice dans Three Billboards en passant par la figure de la sportive de haut niveau dans I, Tonya  ou la femme muette et rebelle qui décide de sauver d’une mort certaine un être humanoïde amphibien aimé dans The Shape of Water ; il en y a pour tous les goûts. La multiplication de films qui mettent en avant des personnages féminins de plus en plus puissants montre aussi que le cinéma aujourd’hui se nourrit des revendications égalitaires. Une oeuvre cinématographique peut ainsi montrer l’exemple, introduisant des modèles féminins dans la culture populaire et devenir un outil de dénonciation, nourrissant l’activisme.

Amélie G.

NB : Pour ceux qui voudraient jeter un coup d’œil à l’enquête sur les dialogues c’est juste ici : https://pudding.cool/2017/03/film-dialogue/index.html

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