– Bruce Miller ; 2017 –

Inspirée du roman éponyme de l’autrice Margaret Artwood, la série phénomène The Handmaid’s Tale est distribuée par la plateforme Hulu. Située dans un univers dystopique, la série nous plonge dans un monde détruit par une catastrophe écologique où la majorité de l’humanité est touchée par la stérilité. Dominée par une autorité spirituelle des plus sombres, l’Amérique est l’une des seules nations à se maintenir à flot, confrontée à une guerre mondiale dévastatrice et au délitement de ses institutions et valeurs passées. Les États-Unis sont également les seuls à avoir trouvé une « solution » à leur problème de fertilité, misant sur une minorité de femmes encore capables d’enfanter, devenues prisonnières des classes les plus aisées du pays. Ces servantes écarlates se voient confisquer toute liberté de corps et d’esprit, esclaves des Commandants et de leurs femmes. Offred – June de son vrai nom – est l’une d’elle, héroïne centrale de ce récit dont elle la narratrice. Une protagoniste bien décidée à retrouver sa fille, enlevée à elle alors qu’elle tentait de fuir la milice du pays au côté de son mari Luke.

On ne vous en dit pas plus sur cette série qui nous a totalement happés. Découvrez dès à présent les raisons pour lesquelles The Handmaid’s Tale représente l’une des séries immanquables de l’année. « May the Lord open », faites la rencontre de cet univers si particulier !

  • Regardez la série pour les sombres réalités qu’elle met en lumière.

The Handmaid’s Tale a pour ancrage un univers dystopique situé dans un futur proche, grandement inspiré de notre monde contemporain. L’œuvre nous livre le tragique portrait d’une nation en prise à une dictature violente, soumise à une autorité spirituelle sombre et incontrôlable. Une société régie par des codes stricts et inviolables sous peine d’être sévèrement puni, surveillée constamment par une milice d’État et des espions – appelés à juste titre les « Eyes », infiltrés dans le quotidien des habitants. Un monde dystopique, représentatif des dérives prises par tout régime autoritaire et terriblement proche de notre réalité. Discrimination des femmes, humiliation et traque des homosexuels, rôle prégnant de la religion, pouvoirs déraisonnables sont autant de thématiques brûlantes d’actualité. Un clin d’œil non-dissimulé à l’Amérique de Donald Trump, déjà entachée des discours sexistes de son président ou des affaires troubles dans lesquelles son administration est déjà plongée. Une présidence qui n’hésite pas à renier l’impact de l’homme sur l’environnement, préfigurant la catastrophe écologique établie dans The Handmaid’s Tale.

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  • Pour ses références à l’histoire et aux œuvres dystopiques

Autodafés et censure violente de toute forme de culture, soumission à un culte d’État, persécutions psychologiques et physiques de groupes ciblés, déplacements de population, création de centres de détention et de formation, destruction de tout vestige relatif à la la société passée sont autant d’éléments repris dans The Handmaid’s Tale faisant écho à l’Histoire de l’humanité. L’Allemagne nazie vient immédiatement à l’esprit lorsque l’on découvre cette dictature fictionnelle tandis que des œuvres telles que 1984 et Les Fils de l’homme peuvent être convoquées en termes de littérature et de cinéma. Pour cause, l’œuvre filmique d’Alfonso Cuarón dépeint elle aussi une humanité stérile incapable de donner vie à des héritiers. Des fictions représentatives des dérives d’une société hyper-contrôlée, plongées dans un monde au bord de la chute. La série mobilise un ensemble de références liés à l’univers de la dystopie, créant pièce par pièce une atmosphère anxiogène et angoissante, piégeant résolument son spectateur au même titre que son héroïne principale.

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  • Pour sa bande-son magistrale

Qu’il s’agisse de sa bande originale ou des titres préexistants et repris en son sein, The Handmaid’s Tale est une véritable pépite sur le plan musical. Les compositions d’Adam Taylor se montrent particulièrement représentatives des états d’âme des protagonistes du show et sont des œuvres d’une grande beauté. À ces créations originales viennent s’ajouter des reprises de titres mythiques tels que « Three Little Birds » de Bob Marley, « « Heart of glass » de Blondie ou encore « Don’t You (Forget About Me) » des Simple Minds. Autant de chansons revisitées ou retranscrites telles qu’elles dans la série, lointains échos d’un passé proche où la liberté d’expression sous toutes ses formes était encore autorisée. Autant de madeleines de Proust raccrochant les différentes héroïnes du show à leur passé.

  • Pour son esthétique particulièrement maîtrisée

Marquée par une photographie jouant magistralement avec la technique du clair-obscur, The Handmaid’s Tale se révèle d’une grande beauté. Un net contraste est établi entre les séquences relatives au présent et les flash-backs, les premières étant caractérisées par une lumière froide et incisive qui entre en opposition avec la luminosité naturelle conférée aux scènes représentant le passé de June. Des scènes présentes soumises à une lumière violente qui renforce cette idée de contrôle permanent, chaque personnage étant constamment scruté par le reste de la société. Tout un travail sur l’image qui contribue au caractère lugubre de la série, aidé par un souci évident des décors et des costumes. Les différents uniformes de la série, des Martha aux Commandants en passant par les costumes rouge écarlate des Servantes, sont autant de détails essentiels à la cohérence du récit. Un univers dominé par les codes et une stricte hiérarchisation de sa société, système nécessaire à l’établissement durable d’une autorité acquise par le renversement des institutions démocratiques. Une organisation stricte traduite dans une mise en scène géométrique représentative du contrôle exercé sur chaque individu de cette société extrêmement rigide et anxiogène.

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  • Pour son message féministe

Victimes du nouvel ordre en place, les femmes représentent les grandes persécutées de The Handmaid’s Tale. Soumises à une société désormais régie par la nécessité de procréer, ces dernières sont divisées en différents groupes, tous dominés par l’autorité masculine. Les Servantes écarlates deviennent ainsi les esclaves sexuelles des classes dominantes, sensées offrir des naissances aux couples stériles du pays. Leurs supérieures, que l’on peut tristement appeler leurs propriétaires, sont quant à elles soumises aux exigences et humeurs de leurs maris, enfermés elles aussi dans cette société dont elles sont devenues les reines. Chaque personnage féminin est ainsi soumis à sa propre hiérarchie, renié dans son individualité et soumis au « bien commun ». Des protagonistes qui vont chercher à exister à travers des actes de révolte aux répercussions variables, revêtant toutes une importance essentielle. User de stratagèmes, mettre à profit ses charmes, faire preuve d’intelligence et de ténacité sont autant de méthodes initiées par les multiples héroïnes du show. Que ce soit dans de petits gestes du quotidien ou à travers des actes spectaculaires, ces femmes œuvrent pour briser ce système totalitaire et destructeur dont elles sont les premières victimes au côté des homosexuels. Des femmes qui ont su établir leur position face au système selon la définition qu’en donne Nomi dans Sense 8 : « Soit on appartient à ce système, soit on se bat contre lui », porteuses d’une révolte intestine creusant progressivement son chemin face à l’oppression. Attention, la série n’en possède pas moins des personnages masculins importants, jouant eux aussi un rôle crucial. Luke et Nick représentent ainsi à leur manière des protagonistes particulièrement intéressants dont il ne faudrait pas sous-estimer l’impact…

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  • Pour June, tout simplement

Unique narratrice de The Handmaid’s Tale, June est une femme combattive dotée d’un sarcasme à toute épreuve, incarnée par Elisabeth Moss qui se révèle tout juste… parfaite. Sa perspicacité et sa sensibilité font d’elle un personnage attachant et très intéressant dont on partage la plus grande intimité. Un point de vue immersif qui nous permet également de plonger dans la vie passée de l’héroïne, aidés de flash-backs particulièrement maîtrisés. Des épisodes qui nous font faire la connaissance des proches de June : sa meilleure amie Moira, son mari Luke et leur fille Hannah. Autant de moments auréolés de nostalgie et d’amour sur lesquels pèsent déjà une inquiétude envahissante due à la montée progressive d’un système autoritaire et dangereux. Des flash-backs qui nous donnent à voir une histoire d’amour magnifique, touchante et réaliste, véritable moteur pour June tout au long de l’intrigue. Une femme et mère de famille bien décidée à retrouver les siens et à tout faire pour mettre à mal le système dans lequel elle se retrouve piégée. Une protagoniste qui, malgré les épreuves auxquelles elle se trouve confrontée, n’en perd pas moins son humanité et représente une attache cruciale pour le spectateur du show.

Alors, convaincus par ces quelques arguments ? Nous ne pouvons que vous encourager vivement à regarder cette série, l’une de nos plus belles découvertes de l’année.

Camille Muller

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