Depuis plusieurs semaines, La Casa de Papel, série lancée sur Netflix fin décembre 2017, fait grandement parler d’elle. « Originale », « prenante », « intelligente », cette œuvre que certains qualifient même de « chef-d’oeuvre » a suscité débat dans la rédaction série de Scotchés. Désireux ou réticents à l’idée de vous lancer dans ce show espagnol ? Pesez le pour et le contre avec l’avis de nos auteurs !

PS : l’avis de Laura prendra cette forme, celui de Camille celle-ci.

Petit topo pour se (re)mettre dans le bain : El Professor, mystérieux stratège au casier vierge, a réuni autour de lui une dizaine de braqueurs pour entrer dans « la Casa de Papel » alias la Maison royale de la monnaie d’Espagne. Après leur avoir prodigué une multitude de cours visant à explorer à la fois les réactions des otages, de l’opinion et des forces de l’ordre, le professeur a lancé ses compagnons dans cette aventure qui devait leur fournir des millions d’euros grâce à l’impression quotidienne de centaines de billets verts. Malgré toutes les précautions prises par les braqueurs, des imprévus et éléments perturbateurs viendront mettre à mal leur plan de départ, qui se voulait par ailleurs non violent. La Casa de Papel nous narre leur braquage, jour après jour, dans un huis clos plein de suspense et de rebondissements..!

L’intrigue 

LE POUR :

  • Entre les séries policières, politiques ou teen drama, une œuvre entièrement basée sur un braquage apporte un vent de fraîcheur. Habituellement traitée au cinéma, il est intéressant de découvrir cette thématique abordée par le prisme d’un séquençage série. Bien que les codes du genre ne soient en aucun renouvelés, c’est assez grisant de les retrouver (ex : la présentation des talents de chaque malfaiteur, à la manière d’un bon vieux Ocean’s Eleven)
  • Là dessus, je ne peux que valider. La narration de base est vraiment bien fichue, et c’est un régal que d’assister aux cours d’El Professor, toujours si prévenant quant aux réactions de ses adversaires. Véritable maître d’échec, ce virtuose nous plonge dans les arcanes d’un braquage calculé à la minute près et dont on savoure les multiples strates. Côté rythme, le montage « chrono » fonctionne bien, même si amené toujours un peu lourdement. La série ne manque pas de souffle et nous entraîne efficacement dans sa narration, en nous proposant des personnages caractérisés (plus ou moins bien, plus ou moins profondément, nous le verrons) dont le caractère « badass » fait monter l’excitation. Côté ambiance et bases, c’est très, très efficace.
    De plus, on soulignera la thématique très intéressante de la révolte (cc Podemos) contre les nombreux pouvoirs établis en Espagne. Sucrer la richesse de l’État tout en s’attirant la bénédiction du peuple, en se prenant pour des Robin Woods des temps modernes, est un pari osé mais assumé par le maître de cette opération d’envergure. Il est agréable de voir des problématiques sociétales européennes – injustice, mouvements sociaux, violences conjugales, place de la femme – traitées dans une série, d’autant plus que l’Espagne – sa langue, son actualité, sa culture – n’est pas chose commune sur nos écrans.

Netflix

LE CONTRE :

  • Bien que le plan d’El Professor soit impressionnant, côté scénario on fait face à de nombreuses incohérences. A l’instar de ces nombreuses scènes où les braqueurs se disputent, on peut se demander qui surveille les 67 otages ? Ou encore, quand les otages arrivent à préparer un plan pour s’évader sous les yeux des cambrioleurs qui, soit dit en passant, se sont préparés pendant des mois à cette éventualité). Enfin, comment ne pas citer cette scène où un otage passe 5 minutes à scotcher des outils sur son corps, sans que le braqueur, placé à un mètre de lui, n’entende rien. Ces petites erreurs de scénario créent, indubitablement, un manque de crédibilité lors de certains épisodes.
  • Les scènes de toilettes représentent en effet de grands moments wtf où on se demande bien ce que peuvent se susurrer Oslo et Helsinki pour manquer l’organisation d’une révolte entre deux boxes de toilette. Côté incohérence, on soulignera également les capacités surhumaines du Professor à se tirer des problèmes. Sortir sans une égratignure d’une course poursuite avec un pitbull, être sauvé par l’Alzheimer béni d’une grand-mère à la niaiserie insupportable ou encore par le crash ridicule d’un Angel bourré font ainsi partie des petites bénédictions accordées au roi du braquage. Quel homme ce Professor !

Les personnages

LE POUR  :

  • D’un point de vue général, les personnages de La Casa sont classés selon une frontière « bien-mal » claire et assez agaçante. Souvent clichés, ces protagonistes manquent de profondeur et se contentent de laisser paraître quelques traits caractéristiques que l’on nous rabâche à longueur d’épisodes. Ainsi, à l’image d’une épopée grecque, j’appelle Tokyo l’insecure, Oslo l’invisible, Berlin le borderline et Denver l’empoté. Bon, j’exagère car certains personnages suivent une trajectoire davantage poussée, et il est bien sûr difficile de préciser tant de figures dans un récit. Il n’en demeure pas moins que les héros principaux du show manquent généralement cruellement de profondeur malgré un effort apporté sur les flash-backs explicatifs au « manoir’.
    Point partagé par Laura et moi-même : Berlin et El Professor sont les personnages les plus poussés et les plus intéressants de la série. Parfois clichés (en même temps on ne reconnaitra pas à La Casa un quelconque sens de la finesse), ils n’en demeurent pas moins complexes et bien exploités. Leur relation est, par ailleurs, abordée avec beaucoup de discrétion (too bad) et on espère qu’elle sera davantage exploitée dans les épisodes à venir.
    Sinon, Denver et son père sont également des personnages dont la relation filiale fonctionne plutôt bien. Leur complicité à l’écran crée un véritable attachement pour leur personnage et de jolis moments d’émotions. +1 pour Nairobi qu’on apprécie pour sa franchise et son énergie, plus complexe que son agaçante et univoque copine de twerk aka Tokyo.
    Enfin, la relation Raquel-El Professor, dans un sens strictement « professionnel » est elle aussi riche en moments drôles et en stratagèmes bien amenés. La création d’une complicité et séduction entre l’enquêtrice et le braqueur est bien maîtrisée et apporte de la complexité au récit.

LE CONTRE  :

  • En plus d’une caractérisation des personnages, parfois aussi clichée que limitée, certains braqueurs sont presque inexistants. L’exemple le plus parlant est celui des amis Helsinki et Oslo, seulement bons pour la castagne et les armes lourdes. Ce n’est qu’à la fin de la saison 1 (quand l’un d’eux est blessé), que leurs personnages sont un peu plus explicités. Finalement, tout au long de la saison, le spectateur n’apprend rien de ces deux anciens soldats d’Europe de l’Est, mise à part qu’ils sont musclés et peu loquaces. C’est un peu léger non ?
  • N’oublions pas par ailleurs le côté cliché de nombreux protagonistes. L’insupportable Tokyo qui ne fait que geindre, pleurer, se remettre en question, ou tirer sur des gens. Ah, tiens, une femme hystérique, ça change. Le jeune et niais Rio, dont on rappelle sans cesse la condition d’amoureux transi avec autant de finesse que notre cher Président et sa compagne en début de quinquennat. Raquel qui, femme forte et décisionnaire, se transforme en flamby aveuglé par l’amour lorsqu’il s’agit de pécho El Professor. Angel qui ne s’est toujours pas remis de leur idylle et finira miraculeusement par se prendre un – vrai – mur après celui que lui a mis Raquel. La prisonnière particulière de Berlin dont on ne retiendra que les yeux exorbités et la danse gênante mais bien heureusement avortée.

Netflix

La mise en scène

LE POUR :

  • L’omniprésence du rouge tout au long de la série. En effet, si on regarde La Casa de Papel avec un œil plus alerte, on se rend compte que la couleur rouge se dissimule dans de nombreux plans. Cette dernière rappelle, évidement, les tenues des braqueurs, mais apporte une unité graphique à l’esthétisme ainsi qu’un coup de peps visuel. Dommage qu’il ne soit pas plus explicité.

LE CONTRE :

  • La mise en scène est finalement assez bateau, entre ralentis embarrassants et flash-backs très classiques. Rien d’original mais les quelques points exploités le sont trop, comme bien souvent dans cette série.

La musique

LE POUR :

  • La BO est simple mais assez efficace. Le thème du générique « My life is going on » fonctionne assez bien. Le titre rentre dans la tête quand on binge-watch la série. L’utilisation de la musique classique, notamment grâce à du Beethoven et du Schubert apporte une certaine émotion, bien que le procédé soit vu et revu. On salue également le passage où El Professor joue du piano à Raquel. Cet air est issu de la musique de L’Arnaque, célèbre film d’escroquerie de 1974 avec Paul Newman et Robert Redford. On valide ce clin d’œil ! Enfin, même si la série ne brille pas ses choix musicaux, le légendaire « Bella Ciao », qui revient dans plusieurs épisodes, apporte une réelle puissance (en particulier dans la dernière scène de la saison 1 où Berlin et El Professor chantent ce titre a cappella).

LE CONTRE :

  • Je trouve justement la BO d’une platitude sans nom et d’un cliché digne d’une TRÈS mauvaise sitcom. Le suspense est rapidement ruiné par des effets musicaux de très mauvais goûts, alors que le générique préfigurait une bonne maîtrise côté bande-son. Malheureusement cette espérance a vite été ruinée par des « tin-tin-tin » et autres coups durs. Par ailleurs, qui est capable de se rappeler de l’un des titres de cette compo… ? (mais comment vous blâmer de ne pas).
    Et « Bella Ciao » restera certainement la scène la plus embarrassante de cette série, avec ce chœur en fin de partie totalement too-much.

Netflix

Voilà pour nos avis quant à certains aspects de La Casa de Papel. Nous vous rappelons que la saison 2 du show débarquera sur Netflix le 6 avril prochain, ce qui nous permettra de retrouver nos cambrioleurs préférés, désormais dans une bien mauvaise posture… N’hésitez pas à nous donner vous aussi votre avis sur cette série, que vous soyez fans, ou détracteurs !

Laura Bonnet & Camille Muller

1/5 (2)

Et si vous nous donniez votre avis ?