-Nobuhiro Suwa ; 2018-

Son tournage dans le Sud de la France interrompu, Jean en profite pour revoir une « vieille amie ». Une femme qui se révèle être son seul vrai amour, disparue depuis une quarantaine d’années dans de mystérieuses circonstances. De retour dans la demeure qui a abrité leur amour, l’acteur retrouvera la défunte, revenue des morts pour un dialogue avec son ancien amant. Cette maison, auparavant abandonnée mais désormais ressuscitée par l’échange entre les deux amis, est devenue le lieu de tournage d’un film porté par une troupe d’enfants téméraires et ambitieux qui ne tarderont pas à s’introduire dans le quotidien de Jean et à faire de son vécu le thème central de leur création.

Armé de cette intrigue fantastique, Le Lion est mort ce soir nous plonge dans un conte en apparence charmant, suivant les pérégrinations de Jean-Pierre Léaud en quête de son amour passé. L’acteur culte, ici rongé par la vieillesse, la maladie et une certaine forme de folie, ne s’est pas départi de son air enfantin et de son humour à la fois touchant et grotesque. Ce long-métrage, découpé en diverses saynètes, traite d’emblée du passage du temps et de la notion de mort, questionnée par Léaud dès l’introduction, son personnage ne sachant comment « jouer la mort ». Des thématiques auxquelles s’ajoutent celles de la transmission entre ancienne et nouvelle générations, que l’on peut également retrouver dans le concept de création mis en scène dans le film : des enfants construisant une œuvre filmique autour d’une icône du cinéma de La Nouvelle Vague, courant phare du septième art appartenant aujourd’hui au passé.
De cette idée de transmission découle un récit initiatique entre le vieil homme et ses jeunes comparses, récit qui, à l’image de beaucoup d’autres thèmes, n’est étudié que superficiellement dans cette œuvre certes pleine d’énergie et de bonne volonté, mais malheureusement assez frustrante. L’enjeu premier du retour du mort – qu’il s’agisse de Juliette ou de la résurgence du père de Jules sous une forme métaphorique – ne reste traité qu’en surface, tous comme ses représentants qui s’évaporent bien trop rapidement.  Le metteur en scène s’attarde en outre beaucoup trop longuement sur la vie de ce petit groupe de jeunes plus ou moins bien dirigé qui, en raison de son éparpillement constant finit par lasser, plongeant l’œuvre dans un brouhaha agaçant et bien souvent stérile.

Shellac

Ce que l’on observe, c’est la lente agonie du protagoniste principal, sombrant progressivement dans la folie et la maladie sans que – malgré quelques brefs instants de mélancolie certes touchants – ce dernier n’arrive réellement à nous émouvoir. Il ressort de cette œuvre une impression de pathétique mais également de tristesse, due davantage à son non-aboutissement et au rôle bien maigre de Jean-Pierre Léaud qu’à la portée dramatique de son scénario. En dépit d’une intrigue mélancolique s’attachant à l’amour perdu d’un vieil homme, ce long-métrage se montre lourd et traînant, lui qui n’arrive pas à réaliser son potentiel. Certes, Jean-Pierre Léaud se révèle convaincant, acteur fétiche de la Nouvelle Vague, star « de jadis » du cinéma français. Il n’en demeure pas moins que cette œuvre offre un rôle mineur au grand interprète, en raison de son manque de profondeur et d’intérêt, à l’image d’un Bonne Pomme pour Catherine Deneuve et Gérard Depardieu, pourtant eux aussi monuments de notre patrimoine national… La capacité de Jean-Pierre Léaud à exceller dans le comique absurde nous offre toutefois quelques sursauts charmants, représentatifs de l’affection que semble lui porter ici le metteur en scène Nobuhiro Suwa. Il est toutefois dommage qu’à l’image du réalisateur fictif que son œuvre dépeint, Suwa n’ait pas réussi à faire du Lion est mort ce soir une œuvre aboutie.

Camille Muller

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