Après la projection de La fête est finie à Dinard au mois de janvier, Clémence Boisnard s’avance timidement devant le public. La gêne des premiers instants fait place à une parole franche. La jeune actrice affiche une véritable complicité avec Zita Hanrot, une des comédiennes les plus passionnantes de ces dernières années. Ce lien transparaît dans ce film qui les réunit à l’écran. Il narre la rencontre entre deux adolescentes rongées par l’addiction à la drogue. Elles se retrouvent dans un centre de désintoxication avant de fuir cet endroit qui les étouffent, les privent d’horizon. La question vertigineuse qui apparaît au milieu du récit confronte les deux héroïnes à la peur d’une rechute. Au milieu de ces incertitudes et errements, Clémence Boisnard déploie une énergie folle. Devant nos yeux semble naître une très grande actrice.

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© Pyramide Distribution

Clément Simon : Quelle a été ta première expérience en tant qu’actrice ?

Clémence Boisnard : – Ma toute première expérience en tant qu’actrice, c’était un tout petit rôle dans L’âge atomique d’Hélène Klotz, dans lequel Niels Schneider avait un rôle. J’avais 17 ans.

Elle m’avait repéré dans un magasin H&M, à Paris, lorsque j’avais 15 ans.

Comment s’est déroulée la phase du casting pour La fête est finie ?

– Ce fut très long. J’ai passé énormément d’essais, vraiment beaucoup. En tout, ça a duré deux mois. Vers la fin, je n’avais tellement pas le temps avec mon boulot d’aller au bureau de casting que l’équipe s’était déplacée à côté de mon travail, à Beaubourg, et on avait tourné des scènes dehors.

Qu’est-ce qui t’as plu dans le scénario ?

– C’est tellement bien écrit ! Et puis cette histoire d’amitié elle prend aux tripes, tu te dis direct : « je veux en faire partie ».

J’ai ressenti plein de choses en lisant ce scénario, c’est fort d’avoir des émotions, de ressentir des choses à la simple lecture et ce n’est clairement pas toujours le cas !

Je me suis dit : « ouahhh la grande palette à jouer, l’éclate totale ! »

Tu étais impressionnée par le fait de te retrouver avec des acteurs professionnels ?

– Oui et non. Au départ, je ne savais pas qui était Zita donc j’étais très détente au casting mais une fois que j’ai compris qu’elle avait eu un César, fait le conservatoire, qu’elle avait plein de films à son actif tu te dis, bon, il va falloir assurer sinon je vais être un partenaire-boulet, mais au final elle met très à l’aise, et ça a roulé. Mais pour Christine Citti et tous les autres, humainement, ils sont tellement sympas que tu ne te mets pas de pression. Et pour Marie Denarnaud, c’était presque un rêve d’ado de tourner avec elle alors je me disais qu’il fallait que je sois bonne pour ne pas la décevoir. Donc de la pression, mais de la bonne pression je dirai.

L’alchimie avec Zita Hanrot est totale. Comment avez-vous préparé les scènes de duo ?

– Par exemple, on a beaucoup répété la scène sous l’arbre. La première scène où on les voit proches. Autrement, y’a pas eu tellement de répétitions ou autre. Avec Zita, y’a eu un vrai truc. Une vraie amitié qui s’est installée. Une vraie relation de « grande soeur et sa petite ». On avait envie de se donner beaucoup. On était généreuse l’une envers l’autre, je pense que c’est ça qui a fait que ça a fonctionné, la sincérité de notre amitié en dehors. Dans la vraie vie.

Comment Marie Garel-Weiss dirige-t-elle ses comédiens ?

 – C’est une question que je trouve toujours très compliquée…

Elle laisse de la liberté et ça c’est important je trouve.

Et elle me parlait beaucoup, on était proches. Elle me prenait à part, elle me disait des choses. Entre nous, pas devant tous les techniciens.

Vos rôles s’inversent progressivement. Au début, tu sembles avoir besoin de Zita puis c’est elle qui se retrouve dans la rue. Le discours du responsable du centre lorsqu’il qualifie votre amitié de fuite en avant est invalidé par la fin. Que penses-tu de cette lueur d’espoir ? 

 – Marie a eu raison. Le thérapeute, il a tort et raison en même temps. Car, en étant ensemble, elles vont dans le mur d’une certaine manière, car elles reportent au départ leur dépendance à la drogue dans cette dépendance à l’autre, puis cette amitié devient puissante et réelle, et les aide à tenir. Puis, elles replongent. J’ai l’impression aussi que pour Céleste, c’était nécessaire de se faire jeter dehors. Je me dis que s’il n’y avait pas eu cette cassure avec Sihem, peut-être qu’elle n’aurait pas réussie à se sauver.

Selon toi, l’amitié voire l’amour peut permettre une sortie de l’addiction à la drogue ?

 Je n’en sais rien. Si je connaissais la recette, si y’en avais une, je la crierai haut et fort.

Quels sont tes futurs projets ?

J’ai un tout petit rôle sur le prochain film de Benoît Forgeard, qui, à mon avis, va être génial !

C’est tout. Pas d’autres projets, malheureusement.

 

La fête est finie est une grande réussite. Au-delà de la performance des deux actrices principales, le film peut se voir comme un éloge de la vitalité. L’énergie déborde constamment du cadre, elle empêche Céleste (Clémence Boisnard) et Sihem (Zita Hanrot) d’accepter l’enfermement inhérent au centre de désintoxication. La rupture radicale du scénario au milieu du film prend le pari de quitter le documentaire pour la fiction. Le récit fortement autobiographique qui se déroule dans le centre s’évapore au profit du romanesque. Dès lors, le caractère antagonique des deux personnages est mis à l’épreuve du monde. Comment survivre dans un environnement où la drogue est disponible facilement et où les garde-fous sont relayés au rang d’observateurs ? C’est à cette question que tente de répondre le film. Le suspense prend le pas sur la description d’un univers et l’oeuvre gagne en profondeur. Pari réussi.

Interview menée par Clément Simon pour Scotchés, avec l’aimable participation de l’actrice Clémence Boisnard. Encore merci à elle !

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